Pourquoi ce crowdfunding compte ?

Pourquoi ce crowdfunding compte ?

Crowdfunding… littéralement “financement par la foule”.
Je lui préfère la traduction française car j’y trouve plus de sens. “Financement participatif”, voilà qui jette l’idée d’un collectif plus que celle d’une masse qu’on ne saurait définir. Ensemble pour soutenir un projet qui nous parle. Quand il manque un petit bout pour boucler le budget, quand il faut se développer, quand on a jeté toutes ses économies dans la bataille, quand le banquier fait silence…

Le principe est simple. Faire appel à son réseau, le réseau de son réseau et cela aussi loin et aussi fort que l’on puisse véhiculer le message qu’il y a un intérêt à nous aider, à mettre deux ou trois ronds dans le cochon. En contrepartie de quoi ? Quelques parts ou actions dans une société dont on ne connait pas la valeur, des intérêts financiers hypothétiques … ou tout simplement l’assurance d’un don : une casquette, une carte de membre, une remise sur le six pack, son poids en capsules !?

Soyons honnêtes. Ce qui nous motive ce n’est pas vraiment la queue du Mickey, c’est plutôt de savoir qu’on peut aider le manège à tourner. Donc le moteur, dans cette histoire, c’est quoi ? A mon sens, essentiellement l’impact du projet sur ce que nous sommes, ce qui nous concerne, ce qui nous touche… ce en quoi on croit profondément. Et, dans la multitude de ces appels à participation qui nous rencontrent, via nos réseaux et les algorithmes de nos cœurs à prendre, on ne sait plus à quel Saint se vouer. Alors on devient sélectif… pas le choix… enfin si… trop de choix !

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Coming out

S’il devait y avoir une preuve par l’absurde au paragraphe précédent, elle est ici.
Il y a quelques années maintenant, j’ai succombé au chant de deux sirènes en kilt. Il y avait un chien aussi et une casquette dans l’histoire. Faut dire que je suis né au début des 70’s… Alors, quand on brandit l’étendard d’un mouvement aussi mort et enterré que Sid Vicious, on gratte une corde sensible.

Et oui, j’ai mis 200£ dans une boutique qui aujourd’hui ne me fait pourtant pas beaucoup rêver. J’y ai gagné quoi ? 4 parts d’abord qui se sont rapidement transformées en 40… Il n’y a pas besoin d’avoir été assidu aux cours d’économie pour comprendre que soit mon argent a pris 10 fois plus de valeur soit il s’est dilué dans 10 fois plus de bière. A votre avis ?

Bon, j’ai quand même reçu ma carte de membre et, un jour, j’ai même payé une tournée dans un pub de Londres en bénéficiant d’un discount de 10% ! Big deal et fin de l’histoire. Je ne bois plus de cette bière, quand bien même elle est si facilement accessible dans les rayons de supermarchés… Aux dernières nouvelles les gars partent à la conquête du monde : USA, Australie, Berlin, Paris... Ils affrètent des avions pour des “beer” voyages. Ils ont même un “beer” hôtel. Et ils continuent à faire la manche… Des punks, on vous dit !

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Choisis ton camp camarade !

Faute avouée à moitié pardonnée… En tous les cas, je me suis juré qu’on ne m’y reprendrait plus. Désormais je me concentre sur les projets qui me chatouille le bide. Plus dernièrement ça a été : la contribution au blog d’un beer writer anglais dont j’appréciais le style (il a depuis fermé boutique… on n’était pas assez nombreux à l’aider), la création d’un portail d’offres d’emploi 100% dédié au secteur brassicole, un projet de développement des houblonnières et de conversion des terres agricoles dans le sud-ouest, le super festival de bières de ma ville, un gipsy brewer en Isère, une brasserie à Saint-Pierre et Miquelon

Remarquez qu’il n’y a pas que des projets français dans cette liste, que tous ces projets ne sont pas ancrés dans ma région et que, si le sujet central reste explicitement lié à mon environnement de travail, les projets soutenus sont très différents. Le seul dénominateur commun c’est l’énergie mise par ces porteurs de projets dans la réalisation de leur objectif. Mais aussi le bien-fondé de leur action, la modestie de leur sollicitation, la notion de partage et d’ouverture aux autres. Car chacune de ces aventures est née du désir de faire bouger les lignes et de diffuser une connaissance, un savoir-faire, une certaine vision du monde…

Alors c’est naturellement que je m’attarde sur un appel à contribution dont je sais intimement qu’il a du sens. Déjà parce que j’aime fort les deux personnes qui l’animent et aussi parce que chaque fois que je passe un peu de temps avec eux je vois comment ils se démènent pour que leur affaire fonctionne, comment ils s’épuisent chaque jour en gardant pourtant un sourire égal.

Parce que l’on parle bien d’artisanat ici, pas de le levée de fonds à 7 chiffres. On ne parle pas d’actionnaires mais juste de Fred et Christine, un couple de cinquantenaires flamboyants qui a fait revivre une petite commune dans les environs de Niort en y créant une microbrasserie de 5 hl et en y apposant une “cave à bières et à manger”.

Fred et Christine ne sont pas pilotes de lignes. Ils ne jouent pas au Monopoly non plus. Pas le temps et pas l’envie. Fred et Christine ne font pas de marketing. Ils font juste tourner une petite affaire qui a besoin de quelques milliers d’euros pour être sécurisée et continuer à dynamiser une commune rurale.

C’est pas grand chose mais c’est le début de quelque-chose. Une autre façon de penser, de se recentrer sur son environnement, en vivant le partage. Vous ne ferez rien de global en aidant ces deux-là. Vous ne risquez pas de les retrouver à Berlin à côté du Starbucks. Si vous les aider vous allez juste leur permettre de continuer à servir des bières de qualité à des gens reconnaissants aux fins fonds des Deux-Sèvres…

“Une petite pièce ou un sourire ?”
— Un Punk, avec une casquette et un chien

Si ce texte vous a un peu fait sourire j’en suis ravi.
Si vous avez une petite pièce c’est par ici :
Le financement participatif de la brasserie LaPC

Copeaux, quel impact pour la bière ?

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